Changer de vie
Par Nancy B. Pilon
Changer de vie. Pas comme dans tout lâcher et repartir à zéro dans un endroit inconnu, sur une île déserte ou dans une tribu quelconque. Non. Changer de vie comme dans « je regarde ma vie, je ne suis pas complètement satisfaite, au lieu de m’apitoyer sur mon sort je me retrousse les manches et je fais des rénovations ». C’est ce que bon nombre de personnes tentent de faire, à un moment ou à un autre. Quand ils frappent un mur ou arrivent à un point tournant.
Pour certains, ce sera une rupture amoureuse, pour d’autre, une maladie. La mort d’un être cher peut aussi avoir son effet. Quelques fois, l’action de faire son budget sonne des cloches.
Peu importe la raison, le motif derrière tout ce branle-bas de combat, l’important, c’est de faire le changement pour soi, pas pour impressionner, pas pour plaire, pour soi.
Mon ami B. a fait un changement drastique il y a deux ans. Un soir, il est sorti de son appartement pour aller chercher des victuailles au dépanneur du coin. Après 500 mètres de marche, il était à bout de souffle. Son embonpoint qui, jusque là, lui permettait de faire le clown et de gagner des concours d’ingestion rapide de nourriture lui criait qu’il était temps de faire quelque chose s’il ne voulait pas être le plus jeune canadien à subir un quadruple pontage.
Ces 500 mètres à chercher son air ont donné à B. la poussée qui lui fallait pour remettre sa santé « sur la track ». Maintenant, il a perdu près de 90 livres et court des marathons annuellement.
S. quant à elle, a pris la décision d’arrêter de mettre ses plans sur pause suite à une rupture amoureuse qui l’a laissé dans le même état qu’une Smart qui vient de se faire passer dessus par un Big Foot Monster Truck. Après plusieurs mois à habiter dans son lit, à vivre de pleurs, de cris, de trous dans le ventre et de perte de poids, elle s’est levée, a enfilé de véritable vêtements – et non une version plus ou moins propre de son pyjama – a fait la liste de ce qu’elle voulait dans sa vie et a foncé.
À la suite de sa rupture, elle ne cessait de répéter à quel point sa vie ne serait plus jamais la même. Sans le savoir, elle avait vu juste mais pas pour les mêmes raisons. Elle vit maintenant en Australie, attend son premier enfant et patauge littéralement dans un océan de bonheur.
Il y a aussi le copain d’une collègue qui, toute sa vie, s’est fait dire que l’école n’était pas pour lui, qu’il ne l’avait pas. Si l’expression « cancre » était encore en vogue, il l’aurait eu de tatouer dans le front. À 16 ans, il joignit les rangs des décrocheurs et se mit à travailler au noir, des petits boulots dans le domaine de la construction, principalement. Puis, il a rencontré ma collègue M., universitaire, emballée et pleine d’énergie. À son contact, il s’est vu sous un autre angle. Par le regard de M., il a vu son potentiel, la possibilité d’un véritable avenir. En cours du soir, il a terminé son secondaire. Puis, il a fait ses sciences au Cégep. Maintenant, il étudie à l’École Polytechnique et est en voie de devenir ingénieur.
On a tendance à voir nos erreurs personnelles comme des échecs irréparables alors qu’on pardonne – plus ou moins facilement selon la situation – les erreurs des gens qui nous entourent. On est si intransigeant avec soi-même qu’on oublie qu’il est possible de s’être trompé, que l’erreur fait partie de l’apprentissage et qu’il se peut que quelque chose de positif ressorte de l’histoire. Comme une fleur qui pousse dans le ciment.
La première étape vers un véritable changement est certainement l’acceptation de cette erreur. Il y a un adage de matante qui dit que « faute avouée est à moitié pardonnée ». Il est peut-être temps d’écouter les matantes. S’avouer son erreur et sortir du brouillard confortable du déni est le premiers pas à faire pour changer.
Il est temps. Le temps de sortir les pinceaux, le temps d’enfiler une salopette en denim – habit officiel des rénovations – le temps d’être créatif. Il n’y a pas de honte à vouloir inventer une nouvelle boisson gazeuse, à rêver de partir à l’étranger. Il n’y a rien de mal à désirer maîtriser la Ju Jit Su ni à vouloir monter le mont Aconcagua avant votre 35e anniversaire. Il n’y a rien de mal à vouloir plus pour soi, à vouloir s’accomplir, se dépasser, se trouver cute quand on croise son regard dans le miroir.
L’accomplissement rend beau et heureux. C’est un fait. En tout cas, c’est mon fait.
Si B., S., et le copain de M., malgré les difficultés ont pris leurs outils et ont revampés leurs existences, pourquoi pas vous ? Pourquoi pas moi ?
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